Sacro-sainte lorsqu’il s’agit de défendre des caricatures ou des pamphlets islamophobes, la liberté d’expression perd tout son charme dès qu’il s’agit d’exprimer le refus des violences policières, la critique de la mythologie du Français « de souche » ou le soutien aux sans-papiers : Gérard Chevrot, Valérie Martinez, Yves Ribault et trois autres citoyen-ne-s français-e-s comparaissaient il y a près de quinze ans, le 10 juin 2010, au tribunal de grande instance de Pau pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité », suite à une plainte du préfet Philippe Rey, pour avoir simplement adressé à la Préfecture des Pyrénées-Atlantique des mails de protestation contre les arrestations, détentions et expulsions de sans-papiers en employant le mot « rafle » ou les noms propres « Vichy » et « Papon » [1]. En réaction à cette nouvelle tentative de criminalisation du mouvement social et de la solidarité, et en soutien aux incupé-e-s, nous avions publié un texte d’Emmanuel Blanchard consacré à ce fameux « mot interdit » : rafle. Nous le re-publions aujourd’hui à l’heure où Bruno Retailleau relance, plus furieux que jamais, une abjecte politique de la rafle.
Si, d’une période à une autre, les populations principalement visées par les contrôles policiers ont évolué en fonction des préoccupations du moment, les techniques policières, elles, n’ont guère changé et le mot « rafle » n’a jamais cessé d’être employé. Renoncer à l’utiliser reviendrait à entourer de silence des pratiques répressives qui ont traversé les décennies et ont toujours visé les groupes les plus fragiles politiquement et socialement.
La sortie du film Welcome, le 11 mars 2009, a relancé le débat sur le « délit de solidarité ». Dans un premier temps, elle a donné lieu à une vive polémique entre, d’un côté, le réalisateur et l’acteur principal (Philippe Lioret et Vincent Lindon) et, de l’autre, le ministre de l’immigration, de…
Auteur: Emmanuel Blanchard

