L’affaire révélée par Mediapart à propos d’Olivier Legrain est d’abord une affaire de violences sexistes et sexuelles. À ce titre, elle appelle une solidarité sans ambiguïté avec les victimes et un rappel clair : aucune cause, aucune position politique, aucun vernis progressiste n’immunise contre la domination masculine et la violence. Olivier Legrain n’est pas un acteur marginal. Millionnaire, héritier et ancien dirigeant d’entreprise, il s’est imposé ces dernières années comme un mécène central de plusieurs médias « indépendants » et « de gauche » (1).
Dans un communiqué, à lire ici, Politis a d’ailleurs formellement démenti avoir reçu un soutien financier de sa part.
Il est notamment à l’origine du financement et de l’acquisition immobilière à Paris de la Maison des médias libres (MML) : un projet lancé il y a près de dix ans, pensé comme un lieu mutualisé réunissant des rédactions critiques, féministes et émancipatrices, afin de renforcer leur autonomie face aux grands groupes industriels et financiers, et dans lequel Politis est partie prenante.
L’affaire est le révélateur brutal d’une hypocrisie collective que les médias indépendants – Politis compris – n’ont pas voulu regarder en face.
Mais cette affaire révèle autre chose, de plus structurel, de plus dérangeant encore. Elle n’est pas un simple accident de parcours ni un dommage collatéral regrettable dans un paysage médiatique déjà sinistré. Elle est le révélateur brutal d’une hypocrisie collective que les médias indépendants – Politis compris – n’ont pas voulu regarder en face : on ne construit pas un contre-pouvoir durable sur la dépendance à un seul homme fortuné, fût-il estampillé de gauche. La MML cristallise…
Auteur: Pierre Jacquemain

