« Ce qui est indécent, ce sont les profits de Carrefour, pas notre action »

Sur le banc des parties civiles, personne, hormis l’avocat représentant la société Carrefour. Ni le plaignant, Monsieur F., gérant du Carrefour Market de la rue Nationale (13e arrondissement de Paris), ni aucun représentant de la multinationale de la grande distribution n’ont fait le déplacement ce 14 octobre au tribunal de grande instance de Paris. Du côté des accusés, c’est tout l’inverse. Didier et Alice, les deux mis en examen, sont bien là. La petite salle d’audience déborde de soutiens aux deux quarantenaires, obligeant certains à attendre dehors faute de place, jauge sanitaire oblige.

Ce jeudi, Didier et Alice sont poursuivis pour avoir, le 30 janvier 2021, « frauduleusement soustrait des biens de consommation (denrées alimentaires, alcool, hi-fi etc…) pour un montant total estimé à 16 449,75 euros au préjudice de Carrefour Market [celui géré par le plaignant, rue Nationale] avec cette circonstance que les faits ont été commis en réunion ». Les faits décrits tout au long de l’audience dessinent pourtant une réalité moins incriminante que cet intimidant intitulé.

« Si nous n’avions pas obtenu l’accord de Carrefour, nous serions partis sans rien prendre »

Dans la matinée du samedi 30 janvier, une trentaine de militants contre la précarité pénètrent dans le supermarché. Ils souhaitent obtenir de la part de Carrefour des biens de première nécessité, denrées alimentaires et produits d’hygiène pour ensuite les redistribuer à des collectifs et lors de maraudes. « Deux jours avant l’action, on voyait des vidéos de centaines d’étudiants faisant la queue pour des collectes alimentaires. Depuis le premier confinement, des collectifs d’entraide et de solidarité se sont mis en place, explique Didier à la barre. « On a senti une urgence. À la moindre distribution qu’on organisait, il y avait 50 mètres de queue. Les profits de Carrefour sur cette période sont indécents comparés à cette hausse de la précarité et des inégalités en France. Cette action, c’était leur demander collectivement une participation minimale infime. Elle me semble tout à fait légitime. »

Après une discussion entre les militants et le gérant du magasin, celui-ci appelle sa direction qui l’autorise à leur remettre des biens de première nécessité, à condition qu’il n’y ait pas d’alcool. « Cet accord a été obtenu sous contrainte, dans une situation de violence. L’objectif de Monsieur F. était d’éviter un esclandre et de mettre en sécurité les clients et…

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Auteur: Pierre Jequier-Zalc

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