Fin connaisseur des milieux d’affaires et de leurs liens avec le pouvoir et le personnel politique, connu pour ses nombreuses enquêtes qui ont révélé différents scandales, publiées notamment dans Mediapart et auparavant dans Le Monde, Laurent Mauduit éclaire la porosité croissante, en France, entre les élites patronales et l’extrême droite.
Collaborations. Enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires, Laurent Mauduit, La Découverte, « Cahiers libres », 320 pages, 22 euros
Fortes de l’exemple du patronat états-unien, qui n’a eu aucune difficulté morale à s’allier avec le camp trumpiste, notamment les milliardaires de la tech pétris d’idéologie libertarienne, les élites hexagonales paraissent suivre la même voie, afin d’éviter (quoi qu’il en coûte moralement) l’arrivée de la gauche au pouvoir, synonyme pour elles de davantage d’impôts sur leurs propriétés.
Pensez-vous que le rapprochement actuel entre le patronat et l’extrême droite s’explique uniquement par des circonstances conjoncturelles – notamment la montée en puissance de l’extrême droite – ou existe-t-il une dynamique plus ancienne, plus structurelle, au sein du patronat, qui expliquerait cette collusion ?
Laurent Mauduit : Il existe en effet une tradition profondément réactionnaire au sein du patronat français. Ce n’est pas nouveau. Dans les années 1960, la quasi-totalité des membres du CNPF – l’ancêtre du Medef – étaient royalistes. L’un des exemples les plus connus est celui d’Ambroise Roux, patron de la Compagnie générale d’électricité, qui assistait chaque année à la messe du 21 janvier, en mémoire de Louis XVI, guillotiné ce jour-là. C’est dire à quel point cette tendance…
Auteur: Olivier Doubre

