Georgetown (Guyana), reportage
Avec ses suites Deluxe à plus de 100 euros la nuit et ses épais livrets présentant le « Who’s Who » du business guyanien en accès libre, le Regency Suites fait partie des nombreux établissements « d’affaires » de Georgetown, et que la capitale du Guyana continue d’inaugurer par dizaines dans une véritable frénésie immobilière. Mais derrière cette vitrine, « nous ne devenons pas plus riches, nous galérons », déplore Joy Marcus, mère élevant seule ses deux enfants et cofondatrice de Red Thread.
Le samedi 7 mars, l’association occupait la salle de conférence du cinquième étage du Regency, prenant des airs de congrès « anti-ExxonMobil ». La multinationale étasunienne attise en effet la colère des membres de l’association : ExxonMobil est à la tête du consortium exploitant le Stabroek Block, un gisement pétrolier en mer estimé à 11 milliards de barils. Depuis sa découverte en 2015, ce petit pays amazonien de 900 000 habitants situé entre le Suriname, le Brésil et le Venezuela est en pleine effervescence. Ponts, routes et autres infrastructures de services publics y métamorphosent le paysage de l’ancienne Guyane britannique, indépendante depuis 1966. Mais les retombées de l’exploitation de cet or noir sont loin de revenir à tout le monde.
Les cinq dernières années, le produit intérieur brut (PIB) du Guyana a eu beau bondir de 470 % — offrant à cet État alors considéré parmi les plus pauvres des Amériques la croissance la plus rapide du monde —, le sentiment reste très mitigé parmi la population, dont la moitié vivait encore avec moins de 5 euros par jour en 2019, quand la production de l’or noir a commencé.
Sous les affiches illustrant les catastrophes pétrolières de l’histoire récente, les témoignages qui s’enchaînent à la tribune brossent un portrait bien plus contrasté de la « réussite » économique du pays.
Auteur: Enzo Dubesset, Ophélie Loubat

