À quelques kilomètres du sud d’Angers (Maine-et-Loire), reportage
« L’onctuosité du sable ! » Nos pieds crissent en ouvrant une trace dans les bancs sablonneux. Entre les îlots du lit de la Loire, un homme nous guide. C’est lui qui vient de jeter ce cri de contentement à propos de l’onctuosité du sol. Il s’appelle Étienne Davodeau et ce fleuve est son jardin.
Auteur prolifique de bandes dessinées, il alterne entre œuvres documentaires, comme Le droit du sol (Futuropolis, 2021), sur le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, et œuvres de fiction, comme Loire (Futuropolis, 2023), qui fait du fleuve un personnage à part entière. Au crépuscule du 12 juillet, il nous entraîne pour une nuit de bivouac dans l’un de ses coins favoris.
Bavardages dans la Loire
Les conditions, hélas, sont apocalyptiques. Nous sommes en plein milieu d’une canicule extrême. La troisième, déjà, qui accable la France cette année. À quelques kilomètres au sud d’Angers, nous progressons sur ce qui fut une île, ce jour-là rattachée aux rives du fleuve par son assèchement précoce. Le débit est trois fois plus faible que la normale.
La température de l’air dépasse les 38 °C. Elle ne repassera péniblement sous les 30 °C qu’à 1h du matin. La Loire souffre et nous avec. « Je ne savais pas, en vous invitant ici, qu’on aurait cette chaleur de dingue. C’est terrifiant », lâche Étienne Davodeau.
Pour échapper à la fournaise, nous sautons à l’eau sitôt établi l’emplacement de nos couchages pour la nuit. Le fleuve est si bas qu’il nous faut rester assis pour nous immerger le haut du corps. Chose impensable en temps normal, nous restons là plus d’une heure à bavarder, sans qu’une once de fraîcheur ne nous oblige à renoncer à notre nouvelle condition aquatique.
Deux têtes qui flottent sur la Loire. Nous voici en position idéale pour deviser du rapport de l’auteur à son…
Auteur: Vincent Lucchese

