Combien de tribunes sont d’abord des cris de colère ? Colère contre ce qui se passe à Gaza, colère contre Poutine, contre Trump. Colère en France contre un plan d’économies injuste jusqu’au sordide, frappant les pauvres et les malades. Colère après les reculs sur l’écologie qui hypothèquent l’avenir de nos enfants. Les motifs ne manquent pas. À tel point que notre rage s’étend peut-être finalement au fond de l’air fascisant de toute une époque.
Il faut pourtant se méfier de cette émotion à double tranchant. Il faut la laisser parler quand elle est appel à la révolte et quand elle s’empare des peuples pour devenir révolution. Mais il arrive qu’elle soit la première manifestation de l’impuissance. J’enrage parce que je ne peux rien faire contre le génocide à Gaza. Mon indignation porte aussi contre ces chefs d’État qui n’en finissent pas de protester hypocritement quand ils auraient les moyens d’agir.
Notre rage s’étend peut-être finalement au fond de l’air fascisant de toute une époque.
Que l’Europe unie décide de sanctionner Israël pour imposer à son gouvernement de se retirer de Gaza, de décoloniser la Cisjordanie et d’admettre la création d’un État palestinien, et la face du Moyen-Orient en serait changée. Trop souvent, j’entends dire par des femmes et des hommes de bonne volonté mais fatigués : « Le Moyen-Orient, j’ai renoncé à y comprendre quelque chose, c’est trop compliqué pour moi. »
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C’est fou ce que la fameuse formule de De Gaulle « l’Orient compliqué », sortie de son contexte, a pu faire de tort à la raison. Il faut un certain culot pour oser répondre : « Non, c’est en…
Auteur: Denis Sieffert

