Plouzané (Finistère), reportage
Quiconque doute du fait que les abysses regorgent de vie devrait pouvoir faire un tour dans le laboratoire dédié de l’Ifremer. Cinq minutes dans cette caverne d’Ali Baba océanique suffisent pour voir sa vision du monde bouleversée. À peine la porte franchie, nous voilà nez-à-nez avec les crocs d’un poisson-ogre, prisonnier d’une jarre emplie de formol. À ses côtés s’étend la longue carcasse d’une chimère à nez mou, tassée entre un échantillon de corail, un crustacé au dos gonflé d’épines, les restes d’une moule géante… Un peu plus loin, dans un labyrinthe d’étagères éclairées au néon, s’amoncellent des centaines de flacons remplis d’organismes blanchis par les fluides de conservation. « Bienvenue en environnement profond ! », nous accueille Marie-Anne Cambon.
La microbiologiste fait partie des très rares humains à avoir arpenté les tréfonds de l’océan. Notre planète a beau être couverte aux trois quarts d’eau salée, on connaît moins bien les grands fonds marins que la Lune — seuls 0,001 % d’entre eux ont été explorés.
Le jour de notre rencontre, Marie-Anne Cambon s’apprête à prendre le large pour cinquante-cinq jours dans le cadre de la campagne scientifique « Hermine 3 », dédiée à l’étude d’une petite zone de la dorsale médio-Atlantique. Cette longue chaîne de montagnes et de volcans sous-marins façonnée par l’écartement des plaques tectoniques.
« Je me sens très chanceuse d’observer ce qui se passe au fond »
Quelque part au milieu de l’océan, à mi-chemin entre les Antilles et les Canaries, elle effectuera sa dix-huitième plongée à bord du Nautile, le sous-marin de poche de l’Ifremer. Elle descendra jusqu’à 4 000 mètres sous la surface — une profondeur telle que la lumière du soleil n’y pénètre plus. Moins de mille personnes ont vu ce monde de leurs propres yeux.
Miracle des agendas :…
Auteur: Hortense Chauvin

