[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.
-
Nénette, l’orang-outan qui peint
Côté peinture, êtes-vous plutôt Paul Cézanne, Rosa Bonheur ou… Nénette ? À la ménagerie du jardin des plantes, à Paris, la doyenne des orangs-outans âgée de 57 ans est une artiste assidue. Lorsque les soigneurs ont proposé aux primates des feuilles recouvertes de peinture comestible, tous l’ont dégustée ou l’ont étalée un peu partout. « La seule qui s’est vraiment mise à peindre délicatement avec ses doigts et sa bouche, c’est Nénette », raconte sa soigneuse avec admiration.
L’intérêt de Nénette pour les pinceaux se serait développé au contact des étudiants des écoles d’art voisines, qui viennent depuis des années croquer son portrait. Pendant le confinement, privée de ces visiteurs qu’elle observait habituellement toute la journée, elle a peint chaque jour pour tromper son ennui. Au fil des années, sa technique s’est affinée. Désormais équipée d’une palette, elle « choisit la couleur qu’elle veut mettre sur son papier », raconte sa soigneuse. Elle peint parfois sur les vitres ou son hamac, mais le plus souvent sur ses toiles, qu’elle manipule avec d’infinies précautions.
Un talent qu’elle partage avec ses lointains cousins. D’après une étude publiée en mai dans la revue Primates, basée sur l’analyse de 494 dessins réalisés entre 1999 et 2012 par six chimpanzés hébergés dans un institut de recherche japonais, chaque individu a une…
Auteur: Émilie Massemin, Hortense Chauvin

