« Ces scientifiques jouent aux apprentis sorciers », s’insurge Laurence Raineau, maître de conférences en sociologie à la Sorbonne. À l’instar de nombreux scientifiques, elle prêche contre le projet fou de « désextinction » porté par Colossal Biosciences, une entreprise étasunienne qui voudrait « ressusciter » des espèces disparues, comme les mammouths et les tigres de Tasmanie.
Objectif affiché : reconstituer des écosystèmes vertueux et ainsi « sauver le futur » à l’aube de la sixième extinction de masse. « Un enfumage complet », selon Régis Debruyne, paléogénéticien au Muséum national d’histoire naturelle et spécialiste des mammouths. La récente annonce de la résurrection prochaine du moa, une sorte d’autruche de 3 mètres de haut et de 200 kg disparue il y a 600 ans, ne lui fera pas changer d’avis.
« Ce sont de brillants scientifiques à la base, mais ils se sont complètement compromis »
Pour le chercheur, la désextinction est un projet scientifiquement inatteignable, en tout cas, dans les termes invoqués par ses adeptes : non, il n’est pas possible de ressusciter un mammouth ou un dodo. En revanche, il est possible de faire du bricolage génétique et de créer un animal qui y ressemble, en implantant les gènes d’une espèce disparue dans l’ovule d’une femelle d’une espèce proche et existante aujourd’hui.
Fondée en 2021 par un généticien renommé, George Church, et un entrepreneur milliardaire du nom de Ben Lamm, Colossal Biosciences promet de ramener à la vie cinq espèces : le mammouth (d’ici 2028), le loup terrible, le dodo, le tigre de Tasmanie et le moa. « George Church et Beth Shapiro [directrice scientifique de Colossal] sont de brillants scientifiques à la base, mais ils se sont complètement compromis », juge Régis Debruyne. Contactée, Colossal Biosciences n’a pas répondu à nos sollicitations.
Espèces génétiquement modifiées
En…
Auteur: Robin Boulé

