Tromsø (Norvège / Sápmi), reportage
Chaque samedi depuis deux ans, des keffiehs et des drapeaux palestiniens flottent dans le vent arctique de Tromsø, plus grande ville du grand nord norvégien. Des touristes, venus profiter des aurores boréales et des baleines, regardent le défilé passer avec curiosité entre les maisons en brique collées au flanc d’un fjord montagneux. C’est que la ville, jumelée avec Gaza depuis 2001, est un bastion du mouvement propalestinien dans ce pays nordique. Parmi le cortège, de nombreux activistes autochtones sámis, qui se mobilisent massivement sur tous les fronts — des luttes écologistes au soutien à la Palestine.
« Bien que ce qui soit arrivé à Gaza soit autrement plus brutal, nos peuples souffrent tous les deux du colonialisme, de l’effacement. Et nous résistons tous les deux, notamment en affirmant nos traditions », affirme Rebecka Ekeland, 22 ans, étudiante en histoire à Tromsø, membre du comité local de Students for Palestine et activiste sámie et kvène.
« Mes ancêtres ont été forcés de renier leur religion »
Parmi ces deux peuples reconnus comme « minorités officielles » par la Norvège, nombreux portent la cause palestinienne. La chanteuse Ella Marie, très connue en Norvège, a dédié un chant traditionnel, un « yoik », aux enfants de Palestine. « Go mánná vardá, eana čierru / Don gulat dán eatnamii / Ja dát eana gullá dutnje » (« Quand un enfant saigne, la terre pleure / Vous appartenez à cette terre / Et cette terre vous appartient »). Le Parlement sámi norvégien s’est fendu de communiqués dénonçant la guerre à Gaza, et nombre d’activistes sámis ont troqué leur écharpe traditionnelle pour un keffieh.
C’est que les Sámis et Kvènes ont tous deux souffert d’effacement, de déplacements de population, de partages frontaliers coloniaux. Alors que les Sámis sont dotés d’un Parlement, de droits constitutionnels et de…
Auteur: Philippe Pernot

