Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la résidence de journaliste « des sources à la parole », en partenariat avec l’association Cultures vivaces.
Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), reportage
« Dis-moi, tu es en train d’arroser alors que ce n’est pas ton tour ? » Au volant de son pick-up, Emmanuelle Swoboda ralentit sur un chemin cabossé qui longe un canal où une eau claire s’écoule rapidement. En face d’elle, une prairie dont les hautes herbes scintillent au soleil. Elle appartient à l’agriculteur à l’autre bout du fil qui irrigue alors qu’il fait particulièrement chaud. « Oui, mais j’ai appelé mon voisin. Il n’avait pas encore besoin d’eau pour ses pommiers », répond-il.
La directrice du canal de La Brillanne raccroche, rassurée. Ici, chaque prélèvement compte. De jour comme de nuit, et encore plus durant cet été chaud et sec, elle veille à la répartition de l’eau entre les adhérents de la Société du canal de La Brillanne, un réseau centenaire dont les ramifications s’étendent sur près de 100 km entre Villeneuve et Sainte-Tulle, en passant par le sud de Manosque. « Si tout le monde utilisait l’eau au même moment, il n’y en aurait tout simplement pas assez », explique-t-elle.
Créé en 1493 et reconnu d’utilité publique depuis 1807, le canal dérive l’eau de la Durance pour alimenter aujourd’hui une quarantaine d’exploitations agricoles et environ 140 particuliers. Le long de cette même vallée, une quinzaine de canaux comparables se partagent une réserve de 200 millions de mètres cubes prélevés dans les eaux stockées au barrage de Serre-Ponçon une centaine de kilomètres en amont.
Certains existent depuis le Moyen Âge. D’abord conçus pour faire tourner les moulins, alimenter les fontaines ou les lavoirs, ils sont devenus l’ossature hydraulique d’une agriculture qui aurait du mal à subsister dans ces territoires naturellement secs.
Une…
Auteur: Estelle Pereira

