Cholet (Maine-et-Loire), reportage
L’odeur des légumes grillés a remplacé celle des pneus qui crament. En cette fin de matinée du vendredi 6 décembre, une dizaine de militants règle les derniers détails du repas du midi devant l’usine Michelin de Cholet, dans le sud du Maine-et-Loire.
Sur des palettes protégeant de la boue, une compotée de pommes finit de cuire et il faut mélanger le boulgour. « On est des cantiniers et des cantinières de différents endroits et on a décidé d’unir nos forces pour préparer à manger », résume Alice, 27 ans, membre du Ravitaillement alimentaire autonome, réseaux d’entraide (Raare), une association créée en 2019 dans la région d’Angers. À ses côtés, on retrouve Le Plat de résistance, une cantine militante des Deux-Sèvres et une toute nouvelle cantine choletaise.
Depuis début novembre, ces militants — plus habitués aux luttes écologistes qu’aux plans sociaux — préparent des repas chauds, gratuits et le plus souvent végétariens. « C’est la première fois de ma vie que je vais sur un piquet de grève », reconnaît Alice.
C’est le 5 novembre que la décision est tombée : ce jour-là, le géant français du pneu a décidé de fermer ses usines de Cholet et Vannes (Morbihan), laissant respectivement 955 et 299 salariés sur le carreau. Dans la foulée, la grève a été votée dans l’usine choletaise qui fabrique des pneus de SUV et de camionnettes. L’endroit a été bloqué et un feu de pneus crachant une fumée noire allumé. Depuis le 29 novembre, le blocage a été levé, mais le piquet de grève perdure. Et il faut bien le nourrir.
« Au lieu d’être 30, on est 150 ! »
Ce jour-là, une assemblée générale du comité de lutte réunit une centaine de personnes et se termine par un applaudissement envers ceux « qui [leur] ont préparé à manger ce midi ». À quelques mètres, Cyril, 54…
Auteur: Maxime Pionneau

