D’une certaine façon, Achille Baucher a réussi son pari. Si le doctorant en mathématiques n’a pas été autorisé à soutenir sa thèse intitulée « Désescalade numérique : recherche-action au sein de l’écosystème grenoblois » lundi 1er juin, son manuscrit a suscité un débat bien au-delà de l’université Grenoble Alpes.
Sa thèse, non validée car elle ne relèverait pas des mathématiques appliquées, dénonce, dans une forme qui s’écarte des codes académiques, le déferlement numérique auquel la recherche scientifique contribuerait. Dedans, il n’y a ni formule ni équation mais des aquarelles ironiques, des tracts en annexe : c’est un exercice assumé de « subversion », reconnaît son auteur.
L’affaire dépasse désormais les désaccords académiques sur la méthodologie employée. Quelques jours après la « soutenance sauvage » organisée par Achille Baucher et son directeur de thèse Romain Couillet — en présence des membres du jury et de nombreux soutiens —, la présidence de l’Université de Grenoble (UGA) est passée sur le terrain judiciaire.
« Suspicions d’ingérence étrangère »
Le 9 juin, elle a annoncé dans un communiqué avoir saisi le procureur de la République en raison d’une « fraude présumée au financement », de « suspicions d’ingérence étrangère » et d’un « possible conflit d’intérêts ».
Selon l’université, l’intitulé initial de la thèse aurait été choisi afin d’obtenir un financement interne, alors qu’il ne correspondait pas au projet finalement mené. Elle affirme également qu’« une part significative du financement de la thèse aurait été assurée par une entreprise étrangère impliquée dans des faits d’ingérence sur le territoire français ». Enfin, elle estime que « le directeur de thèse bénéficiaire du contrat conclu avec cet industriel étranger aurait publiquement pris position contre des entreprises…
Auteur: Jeanne Cassard

