Le 14 décembre dernier, la goélette scientifique Tara a quitté Lorient (Bretagne). Cap sur l’Asie du Sud-Est, puis la Papouasie-Nouvelle-Guinée. À partir de mai 2026, elle passera dix-sept mois à explorer le Triangle de Corail, une vaste région de 5,7 millions de km 2 qui concentre à elle seule un tiers des récifs coralliens mondiaux et près de 600 espèces de coraux. Soit environ 75 % de la diversité connue.
Un paradoxe intrigue les scientifiques : alors que les récifs déclinent partout ailleurs sous l’effet du réchauffement, ceux du Triangle de Corail conservent une couverture relativement stable. Certaines colonies y montrent même des signes de croissance.
« Tara Coral se concentre sur la seule grande région récifale où la couverture corallienne est restée relativement stable (…) un laboratoire naturel extraordinaire pour identifier les mécanismes de résilience », explique Paola Furla, professeure à l’Université Côte d’Azur et codirectrice scientifique de l’expédition, au CNRS, pour La Relève et La Peste.
Résistants, ou simplement moins vulnérables ?
Les chercheurs se gardent pourtant d’un optimisme naïf. « Le blanchissement est un processus commun à toutes les espèces de coraux », rappelle Serge Planes, directeur de recherche au CNRS et co-directeur scientifique de Tara Coral. « Il n’existe pas de coraux totalement insensibles à la chaleur. Tous ont des seuils de tolérance, simplement différents », précise-t-il à La Relève et la Peste.
Dès lors, faut-il parler de “coraux résistants” ? Ou plutôt de récifs “moins vulnérables” ?
« Ce que nous observons dans le Triangle de Corail n’est probablement pas l’effet d’un seul facteur miracle, mais d’une combinaison de processus », précise Serge Planes. « Notre objectif est d’identifier lesquels dominent réellement : la biodiversité, l’histoire climatique passée, l’environnement physique, ou des formes d’adaptation…
Auteur: Joanna Blain

