Les regrets d’un ancien responsable sécurité de Total
Face à ce volume d’eau toxique à traiter, la stocker dans un bassin et attendre son évaporation ne suffit plus. Alors parfois, la multinationale la déverse à même le sol via des pulvérisateurs circulaires dont on se sert habituellement pour arroser sa… pelouse. “J’avais l’habitude de descendre sur le Bloc 10. Je me souviens que leur petite ferme de pulvérisation se trouvait à l’écart de la route, à l’ouest, et peut-être à un kilomètre au nord de leur base centrale. Ils s’en servaient uniquement quand ils avaient un trop-plein d’eau de production parce que leurs bassins d’évaporation étaient tellement huileux à la surface qu’ils ne s’évaporaient plus suffisamment”, se souvient un consultant anglais officiant lui sur le Bloc 14 voisin. Une pratique courante dans la région car l’entreprise Canadian Nexen en éliminait ainsi à plus grande échelle.
Pour éliminer le trop plein, Total réinjectait également l’eau de production dans le réservoir de ses puits pour maintenir la pression. Une pratique classique dans l’industrie pétrolière mais non sans risque dans un pays où les nappes phréatiques se trouvent au-dessus des réservoirs. Les grandes aquifères du Bloc 10 et 14 sont en effet localisées dans la formation géologique appelée Mukalla. Et l’eau de production était renvoyée selon plusieurs rapports étudiés par Bon Pote dans le grès de Harshiyatn situé en dessous de la nappe d’eau douce consommée par les habitants.
“Les canalisations de réinjection traversaient donc les nappes d’eau douce. Si ces tuyaux fuient ou se corrodent, c’est toute la ressource en eau douce de l’Hadramaout qui est menacée”, suppose Sami Jawas. “Or, depuis le départ de Total, l’entreprise PetroMasila qui a pris le relais ne communique sur rien. La question cruciale est : y a-t-il eu une maintenance ou un remplacement de ces canalisations…
Auteur: Quentin Müller

