Bruxelles (Belgique), enquête
« Ceux qui fabriquent les pesticides fabriquent aussi des traitements contre le cancer. On tombe malade de plus en plus et quand on tombe malade, nos corps rapportent de l’argent […] C’est un marché énorme le cancer […], c’est un eldorado », fait remarquer à Reporterre Fleur Breteau, l’iconique porte-parole de Cancer Colère. Bayer est la multinationale qui incarne le plus ces entreprises dont le business s’autoalimente par cet effet de vases communicants.
Côté pile, la firme germanique se trouve dans le quatuor de tête des plus grands vendeurs de pesticides au monde depuis qu’elle a racheté Monsanto en 2018, qualifiée de « société la plus détestée de la planète ». L’idée ? Tenter d’effacer la réputation de Monsanto en l’englobant sous son nom, tout en profitant du fructueux commerce des pesticides, malgré un budget conséquent à consacrer à l’indemnisation de victimes de cancer.
Bayer-Monsanto est à l’origine du glyphosate, le désherbant le plus vendu de la planète, connu sous le nom commercial de Roundup. Aux États-Unis, la multinationale a hérité de 67 000 plaintes en cours d’instruction, largement liées au même type de cancer du système immunitaire, le lymphome non hodgkinien. Les victimes l’attribuent à l’usage de cet herbicide.
Mais le 25 juin, la Cour suprême des États-Unis, majoritairement conservatrice, a tranché en faveur de Bayer, qui cherche à annuler ces poursuites. Elle a estimé que le géant agrochimique n’était pas tenu d’indiquer un potentiel effet cancérigène sur les emballages de Roundup, puisque les autorités sanitaires étasuniennes ne reconnaissent pas ce risque. Or c’est ce qui est reproché à la firme dans toutes ces plaintes, qui pourraient alors ne pas aboutir, l’épargnant de verser des millions de dollars d’indemnisations. Le titre de Bayer s’est immédiatement envolé à la Bourse de…
Auteur: Rozenn Le Saint, Stéphane Dubromel

