Nous vivons, en France, un paradoxe politique énorme. D’un côté, la confiance accordée aux hommes et femmes politiques n’a jamais été aussi famélique et le mépris à leur endroit immense, de l’autre, nous sommes continuellement sidérés et happés par le spectacle tantôt pathétique, tantôt désopilant de séquences électorales qui ne semblent plus jamais finir. Pour conjurer le sort, l’anthropologue Jean-Louis Tornatore a décidé d’ouvrir un journal de campagne dont voici le premier épisode consacré au retour tellement inattendu d’un candidat dans la course à la présidentielle.
C’est l’histoire d’un type qui, au soir du premier tour d’une élection présidentielle qui lui a valu les voix de près de huit millions d’électrices et d’électeurs, pas mal pour une troisième tentative, pas assez cependant pour « nous » éviter le bulletin prophylactique contre la peste brun marine, tient le discours digne et pugnace du chef de guerre défait dans les honneurs, félicite ses troupes du travail accompli malgré cette chute sur l’avant-dernière marche, avoue qu’il lui « cuit » de pas être en finale, persuadé de ce qu’ « il se préparait à faire » avec ses « belles équipes prêtes à se déployer » au service de la patrie et son peuple tant sont pressantes les urgences sociale, écologique et politique, tonne que plus que jamais la lutte continue, pressent que les « plus jeunes » viennent lui reprocher cet échec à deux doigts et leur lance, en forme de défi, un sec et définitif : « Faites mieux ! Merci. »
Je suis devant ma télé à vrai dire assez épaté par ce discours de neuf minutes chrono. Je n’ai guère l’habitude d’écouter les discours des hommes et des femmes politiques, sauf les soirées électorales, à petite dose car l’ennui guette. Mais, en l’occurrence, l’homme m’attrape, moins par la teneur de ses propos que par son art du tribun dans lequel il excelle. Sans doute y a-t-il de l’obsession professionnelle dans…
Auteur: dev

