Léa Clermont-Dion est professeure associée à l’Université de Concordia de Montréal. Elle est l’autrice de Porter Plainte, et réalisatrice de Je vous salue salope et La peur au ventre. Nous nous sommes entretenus avec elle à l’occasion de la publication de son dernier livre aux Éditions Payot : Les Mascus. Leur projet politique.
Dans l’introduction de votre livre vous écrivez que le masculinisme, que vous distinguez du “machisme” et de “l’antiféminisme”, est bien “un véritable projet politique structuré” plutôt qu’une accumulation de discours ou d’actes misogynes. Comment se caractérise ce projet politique ?
Il faut revenir sur ce qu’est le masculinisme. C’est un contre-mouvement réactionnaire au féminisme et aux avancées des droits des femmes. Il se distingue de l’antiféminisme par la place qu’il accorde à la prétendue crise de la masculinité. Les masculinistes affirment que cette crise est causée par les avancées des droits des femmes. En somme, ils considèrent que les hommes souffrent parce que les femmes ont acquis davantage de droits.
L’antiféminisme, par définition, se construit en réaction au féminisme, mais dans un sens plus large. La particularité du masculinisme, c’est précisément de faire de l’émancipation des femmes la cause des souffrances masculines.
Cette idée s’est notamment imposée dans les années 1980 et 1990, avec l’émergence de groupes de pères, autour de la question de la paternité. Les hommes estiment alors souffrir de la progression des droits des femmes, notamment en matière de garde des enfants.
Les mots et les concepts évoluent au fil du temps. Aujourd’hui, le terme « masculinisme » renvoie à une forme de militantisme plus large, qui réaffirme un principe fondamental : la domination des hommes sur les femmes. Aussi simple que cela puisse paraître, il s’agit bien de défendre une hiérarchie entre les sexes, mais aussi un ordre traditionnel.
Ce…
Auteur: Rob Grams, Léa Clermont-Dion
