Des centres de données branchés sur le réseau de gaz ? En France, ce scénario pourrait paraître absurde : l’électricité y est disponible en abondance. Pourtant, des entreprises portant ces projets de data centers, des usines abritant des serveurs informatiques nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle, envisagent bel et bien de se tourner vers cette énergie fossile pour gagner du temps. Et émettre au passage des millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.
C’est la directrice du réseau français de distribution de gaz (GRDF), Laurence Poirier-Dietz, qui l’a partagé à une poignée de journalistes le 1er avril. « Nous sommes régulièrement sollicités par des opérateurs de data centers. Ils viennent vers nous pour explorer des solutions de raccordement au réseau gazier. Parce que les délais annoncés sur le réseau électrique — parfois cinq à sept ans — ne sont pas compatibles avec leurs calendriers. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. »
La responsable ne parle pas ici d’une alimentation ponctuelle, pour faire du gaz une énergie de secours en cas de coupure d’électricité, comme c’est envisagé par de nombreux centres de données. Mais bel et bien d’un fonctionnement en continu grâce au gaz. Une gabegie climatique et une absurdité énergétique, quand on sait que les centres de données nouvelle génération représentent la consommation électrique équivalente à celle de grandes métropoles.
Une coûteuse aberration
« C’est une aberration, poursuit Laurence Poirier-Dietz. Ces usages reposeraient sur des cycles combinés gaz [soit des centrales fabriquant de l’électricité grâce à la combustion de gaz] dont le rendement est d’environ 50 %. » Autrement dit, pour produire une quantité donnée d’électricité avec cette méthode, il faut brûler deux fois cette quantité sous forme de gaz.
« Ce serait un contresens, d’autant plus que le prix du…
Auteur: Erwan Manac’h

