Bruxelles (Belgique), reportage
Dans le quartier de Matongé, le Mundo est l’une de ces adresses où Bruxelles ressemble encore à ce qu’elle prétend être : un espace partagé, traversé par des gens qui travaillent pour l’intérêt général des citoyens européens. À chaque étage de cet immeuble, des associations, des collectifs, des ONG. Au rez-de-chaussée, une cafétéria ensoleillée que des voix emplissent depuis le matin. Tous, pourtant, partagent la même inquiétude : depuis les élections européennes de juin 2024, leur existence même est devenue un sujet politique.
En cause : des subventions européennes que la droite et l’extrême droite cherchent à supprimer — et dont certaines ONG dépendent jusqu’à 70 %. La semaine du 27 avril, le Parlement européen doit se prononcer sur un vote qui pourrait accélérer leur disparition. « Sans ces subventions, on pourrait ne plus exister », prévient Ingvild Jenssen, directrice et fondatrice de l’ONG Shipbreaking Platform, qui documente le démantèlement de navires dans des conditions toxiques sur les plages d’Inde, du Bangladesh et du Pakistan.
Un faux scandale monté de toutes pièces
Les hostilités ont été lancées en janvier 2025 par le Parti populaire européen (PPE, de centre droit et premier groupe parlementaire) et le groupe des conservateurs et réformistes (ECR). Les deux groupes s’en sont violemment pris au programme Life, via lequel l’Union européenne accorde chaque année des subventions de fonctionnement (les « Operating Grants ») à une trentaine d’organisations environnementales — dont WWF, Birdlife, Friends of the Earth (Les Amis de la Terre), Surfrider, Slow Food ou encore Seas At Risk.
Contrairement aux subventions de projet, qui financent une action précise et limitée dans le temps, les subventions de fonctionnement couvrent les coûts structurels d’une organisation : loyers, salaires, coordination. Celles allouées aux ONG…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

