« Je ne sais plus pleurer ». À 100 ans passés, Ginette Kolinka assume une part d’insensibilité aux joies et aux peines du quotidien. Mais comment aurait-il pu en être autrement, pour celle qui fut déportée dans le centre de mise à mort où furent assassinées 1,1 million de personnes dont 960 000 juifs. « Je devrais toujours avoir la larme à l’œil » ajoute-t-elle lorsqu’elle évoque les destins tragiques de ses proches à leur arrivée au camp d’Auschwitz : « Alors que je pensais rendre service à mon petit frère, à mon père, à mon neveu en les faisant monter sur les camions : je les ai envoyés directement à la mort » confie Ginette Kolinka.
Ceux qui en réchappaient devaient affronter un quotidien déshumanisé où les violences physiques envers les détenus étaient courantes, et le travail machinal et répétitif abrutissait : « J’étais comme un robot. Je faisais ci, je faisais ça. Je ne savais pas pourquoi je le faisais mais il fallait le faire ».
« On couchait dans des niches d’1m50 sur 1m50 sur trois niveaux que l’on appelle des coyas » se souvient la centenaire. « Pendant six ou sept mois, je voyais ces 18 femmes tout le temps […] j’aurai dû m’en rappeler », pourtant aujourd’hui aucune femme dont elle a partagé sa détention en Pologne ne lui est restée en mémoire.
De l’amnésie post-traumatique au devoir de mémoire
Depuis, elle s’est donnée pour mission de raconter aux jeunes…
Auteur: Simon Nicolle

