Romain Huët est sociologue et ethnographe, maître de conférence en sciences de la communication à l’Université Rennes 2. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Vertige de l’émeute », paru en 2019, et anime aujourd’hui le podcast « Cracker l’époque. Le podcast des imaginaires politiques ». Il suit les mouvements sociaux depuis des années, pour disséquer les formes de violence qui s’y expriment : ZAD de Notre-dame-des landes, Gilets Jaunes, révoltes suite à la mort de Nahel Merzouk… Il était présent à la manifestation du 17 octobre à Paris. Il décrypte pour Basta le recours à la casse ou aux pillages, indissociable de la compréhension de ce mouvement social en cours.
Romain Huët, maître de conférences en sciences de la communication à l’université Rennes 2, ethnographe et sociologue.
Med Ewaz
Basta : Le mouvement social actuel est parti des lycées avant de se massifier, ce 17 octobre. Si les lycéens restent en première ligne, les prochaines mobilisations pourraient rassembler des étudiants, des salariés, d’anciens Gilets jaunes… Comment analysez-vous cette évolution ?
Romain Huët : Il y a une agrégation de colères qui n’attendaient que l’occasion de s’exprimer. J’aime bien analyser cela à partir de la question de l’épuisement. L’épuisement, ce n’est pas une simple question physique, de fatigue, de lassitude ; c’est aussi l’épuisement d’une vie privée de son potentiel.
Si vous passez votre temps à travailler, que tout votre argent est dépensé dans le prix de l’essence pour se rendre au travail, ou dans vos courses, que vous n’arrivez pas à partir en vacances, et bien c’est une vie privée de son potentiel, privée de sa densité, de sa tranquillité, des moments où l’on ne se soucie plus des nécessités matérielles.
J’observe cela chez les gilets jaunes, mais aussi chez les lycéens. Dès que vous avez 14 ans, on vous presse à vous…
Auteur: Maïa Courtois
