Tayrac (Aveyron), reportage
Baignée d’un timide soleil, l’herbe grasse forme un tapis émeraude. Au milieu de la prairie verdoyante, de curieuses lignes claires se dessinent. Message extraterrestre ? Vestiges néolithiques ? « Ce sont de jeunes haies », sourit Marlène Vissac, tout en enroulant sa chevelure châtain en un chignon rebelle. Planter des rangées d’arbres en travers de la pente, quelle drôle d’idée ! Pourtant, la paysanne sait très bien ce qu’elle fait : elle « cultive l’eau ».
Après des années à bourlinguer, la quadra a posé ses valises en 2022 sur cette colline du Ségala, au hameau des Crozes. Avec un double objectif, « devenir nourrisseuse et mener [s]on combat depuis le terrain ». Un « combat » de longue haleine, débuté une décennie plus tôt comme éducatrice à l’environnement : adapter l’agriculture au bouleversement climatique.
En premier lieu, en s’attaquant au défi de l’eau. Les yeux plissés par la lumière, l’éleveuse pointe les parcelles jaunies sur la crête. « Même s’il peut pleuvoir beaucoup en hiver, l’été, c’est le désert ici, glisse-t-elle. L’eau dévale les pentes et s’en va dans les vallées. » Sans compter les aléas climatiques, chaleur, vent du sud… Résultat : les prés s’assèchent et ne suffisent plus à nourrir les bêtes.
Pour faire face, Marlène Vissac a fait des choix radicaux. Dans ce pays réputé pour sa viande de veau, elle a opté pour des brebis Raïole, une race cévenole rustique en voie de disparition. « Les prairies ne sont plus assez riches pour les bovins », insiste-t-elle. Et pour ne pas surcharger ses 11 hectares, elle utilise le « pâturage tournant dynamique ». Il s’agit de parquer les bêtes sur une petite surface de la parcelle, et de les déplacer très régulièrement — jusqu’à 2 à 3 fois par jour.
Une pratique agroécologique reconnue, qui « permet de donner une alimentation fraîche à l’animal,…
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Auteur: Lorène Lavocat

