L’annulation de la venue de Nadav Lapid au FID de Marseille a provoqué de (très) nombreuses prises de position, tribunes, tweets, articles, interviews, reportages, etc. Au point que celles et ceux qui avaient mis en cause sa présence au nom du boycott des œuvres culturelles financée par des institutions israéliennes, se sont trouvés mis en cause à leur tour. Le cinéaste Sylvain George, déplace ici sa réflexion entamée la semaine dernière et propose de décrypter les non-dits (ou non-entendus) derrière la polémique.
Introduction : La question déplacée – De l’institutionnel à l’identitaire
La séquence ouverte par le retrait de Nadav Lapid du FID Marseille ne tient pas seulement à une controverse supplémentaire autour du boycott culturel, ni même à l’affrontement désormais prévisible entre ceux qui entendent penser les conditions institutionnelles de circulation des œuvres et ceux qui ramènent toute contestation de ces conditions à une atteinte à la liberté de création. Elle révèle plus profondément une opération de déplacement dont il faut prendre toute la mesure, parce qu’elle ne concerne pas seulement un festival, un film, un jury, un cinéaste, ni même la réception médiatique d’une polémique, mais la manière dont certaines paroles, lorsqu’elles viennent de cinéastes palestiniens, arabes, libanais, syriens, ou de cinéastes solidaires de la Palestine, se trouvent immédiatement soumises à un régime de suspicion qui les empêche d’apparaître comme des paroles politiques à part entière.
La question posée par les cinéastes du refus était institutionnelle. Elle concernait les financements, les cadres de programmation, les effets de symétrie, les dispositifs de normalisation, les usages possibles d’une figure critique israélienne dans un festival européen, au moment même où Gaza est détruite, où la colonisation se poursuit, où les institutions culturelles continuent trop souvent de…
Auteur: dev

