Je souhaite, en premier lieu, recommander vivement la lecture de l’ouvrage Le Culte de l’auteur : les dérives du cinéma français, de Geneviève Sellier. Je propose, dans un second temps, d’engager une réflexion autour des analyses développées dans le chapitre 5, intitulé « Le turnover de très jeunes actrices que l’on jette après usage ».
Le « turnover » des actrices relève à la fois d’une organisation sociale, d’une économie politique du plateau et d’une idéologie nationale : l’« exception culturelle » y fonctionne comme un droit de cuissage implicitement légitimé au nom de la « liberté artistique ». L’analyse de Geneviève Sellier s’articule autour d’un schéma récurrent : un homme (le plus souvent plus âgé et symboliquement sacralisé) « révèle » une très jeune femme, puis l’industrie impose que cette « révélation » demeure strictement conforme au fantasme originel. Lorsque cette adéquation se défait, la « révélée » est alors disqualifiée, qualifiée de « difficile » ou de « trop âgée », autrement dit : pleinement vivante.
Ce récit a été progressivement naturalisé par une culture critique et institutionnelle qui tend à confondre la figure de l’« auteur » avec une forme d’impunité. Judith Godrèche l’a mis en cause de manière frontale, en dénonçant également le rôle de la critique et du « culte de l’auteur » comme dispositifs de légitimation morale. Lorsque des historiennes et chercheuses en études cinématographiques analysent les effets de la « politique des auteurs » sur les rapports de pouvoir, le débat est alors soudain qualifié de « complexe », de « nuancé », et sommé d’éviter toute « caricature ». Autrement dit, il conviendrait de ne pas remettre en question le totem.
Même le Parlement, pourtant peu enclin à être perçu comme un bastion du féminisme, a fini par reconnaître que la…
Auteur: dev

