Pour assurer la transition écologique, il est essentiel que les grandes entreprises – aujourd’hui responsables de plus de deux tiers des émissions de CO2 – bifurquent vers des activités de production sobres en énergies, matières et pollutions. Dans l’imaginaire de nombreux salariés, cadres et dirigeants de ces grandes entreprises, une telle bifurcation passe par une transition progressive vers de nouveaux modèles économiques soutenables. Ce récit se fonde sur l’idée qu’il est possible de transformer les grandes entreprises pour rendre leurs activités compatibles avec la situation environnementale marquée par le dépassement des limites planétaires. En somme, qu’avec une transition de modèle économique on pourra aligner à la fois écologie et capitalisme.
Pourtant, lorsque l’on étudie les travaux scientifiques sur le sujet, il apparaît sans équivoque qu’il est aujourd’hui impossible pour les grandes entreprises de bifurquer. Au-delà même des freins à une bifurcation vers des pratiques de sobriété, c’est l’impasse d’une adéquation entre capitalisme et écologie à laquelle on se heurte. L’enjeu central qui se dresse devant nous n’est plus la bifurcation des grandes entreprises mais leur fermeture et leur démantèlement.
Le mythe de la bifurcation des grandes entreprises à l’ère du dépassement des limites planétaires
La situation environnementale est marquée par le dépassement de sept des neuf limites planétaires, à savoir les processus biophysiques et biochimiques qui assurent l’habitabilité de la planète pour les êtres humains. Ce dépassement est irréversible à l’échelle de temps des sociétés humaines pour plusieurs de ces processus comme le climat et l’introduction d’entités nouvelles dans l’environnement comme les plastiques. Il n’existe pas de machines ou de techniques capables de retirer les molécule de CO2 et les particules de plastiques à des…
Auteur: Jean-Philippe Decka

