Cet article est publié en partenariat avec la Revue Salamandre.
« Rouge, émeraude, bleu, jaune, brun… vous en verrez de toutes les couleurs ! Cabrioles, sauts périlleux, numéros d’équilibristes, cache-cache, violonistes… Prenez-en plein les mirettes et les oreilles, jusqu’au bout de la nuit ! »
Imaginez l’annonce d’un tel show dans votre jardin ou dans l’espace vert voisin, y croiriez-vous ? Et si, en plus, on vous révélait que les têtes d’affiche sont une vulgaire bande de sauterelles, il y a fort à parier que vous passeriez votre chemin en criant à la publicité mensongère.
Pourtant, vous êtes officiellement invité à réserver une belle journée de juillet, tout près de chez vous. Munissez-vous d’une loupe ou d’une paire de jumelles, bloquez l’après-midi, la soirée et la nuit dans votre agenda… C’est parti !
Scène 1 : 11 h 45, rue des framboisiers
Pour démarrer cette tournée de spectacle vivant, une ouïe fine est nécessaire. Une discrète, mais insistante stridulation se joue en lisière de la haie de petits fruits. Elle fait indéniablement penser à une crécelle. Approchons.
Le soleil frappe déjà pleinement l’herbe jaunie et clairsemée. La terre craquelée gagne chaque jour du terrain sur la pelouse. Un microclimat parfait pour le criquet noir-ébène.
Il est là ! Dissimulé par l’ombre d’un brin de graminée, c’est la vibration d’un fémur qui trahit sa présence. En frottant ce dernier, muni d’une râpe dentée, contre la nervure spécialement épaissie de son aile antérieure — élytre —, le musicien joue invariablement sa partition.
Ce mâle territorial reste farouche, soyons discrets. De plus près, l’insecte montre une subtile apparence, loin des a priori dont souffrent ces habitants de l’herbe. Pointe de l’abdomen rouge sang, ventre d’un vert lumineux et motifs bariolés encadrent avec finesse son corps brun sombre.
Les grands yeux noirs et brillants sont…
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