| Vous lisez notre série « Les défenseurs de l’océan », publiée pour la Conférence des Nations unies sur l’océan qui se tiendra à Nice du 9 au 13 juin. |
Plougastel-Daoulas (Finistère), reportage
Les clichés l’auraient voulu bourru, taiseux, comme peuvent — parfois — l’être ceux qui choisissent de passer leur existence en mer. Mais non ; quand la porte s’ouvre, c’est sur un grand gaillard au sourire affable, au ton assuré et à la blague facile, pull à capuche ouvert sur un t-shirt clamant « I love shrimps » (« J’adore les crevettes »). Vite, il propose un café, relègue notre vouvoiement aux oubliettes. Le voilà donc, Charles Braine, le marin pêcheur écolo qui veut révolutionner son métier.
Âgé de 45 ans, l’ancien du WWF et de l’association de protection de la nature Bretagne vivante est l’une des principales figures de la pêche artisanale. Aussi à l’aise en costard qu’en ciré, il milite pour la transition écologique du secteur via l’association qu’il préside, Pleine mer.
De manifestation en rapport, des cales des ports de pêche aux parquets astiqués du Parlement européen, il défend inlassablement les petits face aux lobbies industriels. Lui-même pêche à l’hameçon — l’une des techniques les plus sélectives et respectueuses des fonds — sur un bateau de 6 mètres.
Le militant nous reçoit chez lui, nid de pierre aux pieds dans l’eau, fiché au creux d’une anse sauvageonne de la rade de Brest. Il l’a acheté en ruines — avant l’envolée des prix post-déconfinement — et retapé en grande partie lui-même. On l’atteint en dévalant une longue route noyée sous la verdure. « Faut pas avoir oublié d’acheter ses clopes », s’amuse-t-il.
Avec son étagère pleine de livres de cuisine, sa longue table en bois, son grand canapé, l’endroit a des airs d’auberge espagnolo-bretonne. Au mur pendent des horloges de marée. À chaque fenêtre, la…
Auteur: Hortense Chauvin, Jean-Marie Heidinger

