ChatGPT : le plagiat n’est que l’arbre qui cache la forêt

Le débat sur les promesses et les risques de l’intelligence artificielle a été bousculé le 30 novembre 2022, lorsque l’entreprise OpenAI a lancé ChatGPT. ChatGPT est une version améliorée et gratuite de GPT-3, un puissant système lancé en 2020 qui génère du texte. C’est ce qu’on appelle un modèle de langage. GPT-3 a d’ailleurs été utilisé pour rédiger un article d’opinion du Guardian, soutenant que l’IA ne détruira pas les humains.

En décembre, plus d’un million de personnes ont utilisé ChatGPT et publiaient en ligne des codes informatiques, des programmes de recettes hebdomadaires, des présentations de travail et des dissertations générés par le système.

ChatGPT et GPT-3 peuvent également résoudre des problèmes mathématiques, corriger la grammaire ou simplifier un texte compliqué. À l’heure actuelle, ChatGPT ne peut plus répondre à la demande ; le site n’a pas la capacité de supporter le nombre trop élevé d’utilisateurs.

Ayant été entraînés sur une grande quantité de données, notamment des sites Web, des livres et Wikipédia, ces systèmes peuvent imiter différents styles littéraires, et notamment expliquer dans un style biblique comment retirer un sandwich d’un magnétoscope, écrire des poèmes dans le style de Baudelaire ou produire des scénarios de scènes de l’émission à succès Friends.

Pour la première fois, la société saisit pleinement l’ampleur des transformations à venir. Pourtant, une grande partie du débat public sur ChatGPT se concentre sur la question du plagiat à l’école. La crainte, largement répandue, que les étudiants utilisent ChatGPT pour rédiger leurs dissertations distrait le public de questions beaucoup plus importantes.

Expertes en droit et politiques de l’intelligence artificielle, nous proposons d’apporter un éclairage sur les derniers systèmes d’IA et les véritables risques qu’ils présentent.

Bien comprendre les modèles de langage

Les modèles de langage sont des systèmes d’IA entraînés à estimer la probabilité qu’une séquence de mots apparaisse dans un texte. Ils sont utilisés de diverses manières, notamment dans les clavargades virtuels, les applications de messagerie et les logiciels de traduction. Pensez par exemple à votre application de messagerie qui vous suggère le mot suivant dans la phrase que vous avez commencée. Certains modèles de langage sont appelés grands modèles de langage, lorsqu’ils sont entraînés sur un nombre de paramètres très élevé, bien qu’il n’y ait pas de seuil précis pour ce nombre.

Ces modèles ont été révolutionnés par l’invention d’une nouvelle technologie, appelée transformeurs, en 2017. De nombreux modèles de langage impressionnants utilisant des transformeurs ont vu le jour, tels que GPT-3, Bloom, LaMDA, Megatron-Turing NLG et PaLM. Alors que ChatGPT a été entraîné sur 175 milliards de paramètres, PaLM de Google a été entraîné sur 540 milliards et peut expliquer des blagues et produire des raisonnements logiques sophistiqués. Les transformeurs ont également été utilisés pour créer des systèmes qui génèrent des images à partir de textes, comme DALL.E 2, qui peut produire une image crédible d’un koala qui joue (et marque !) au basketball. En fait, certains artistes utilisent désormais l’IA pour générer leurs œuvres.

Le débat sur le plagiat ne date pas d’hier

L’IA révolutionne actuellement le monde du travail. Des personnes n’ayant aucune formation en programmation peuvent produire des codes informatiques, n’importe qui peut générer des cartes, des diapositives, des dessins, des photos, des sites web, des textes ou des documents juridiques. Les professionnels de demain s’appuieront sans doute sur ces outils. Il convient donc de se poser la question suivante : quel est le but de l’éducation si ce n’est de préparer les étudiants à la société et au travail ?

Un débat sur le plagiat a eu lieu dans les années 90, lorsqu’internet s’est développé. Les professeurs d’université déploraient alors que leurs étudiants copient des informations provenant de sites web et journaux électroniques ou demandent de l’aide sur des forums en ligne. Bien entendu, le fait de ne pas citer ses sources est problématique ; c’est ce qu’on appelle du plagiat. Mais les premiers tricheurs qui utilisaient Internet ont appris à effectuer des…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Claire Boine, Research associate, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

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