Cher Jean Vioulac…

En juin dernier, nous publiions un entretien avec Jean Vioulac à propos de son dernier livre intitulé Anarchéologie. Fragments hérétiques sur la catastrophe historique. Aujourd’hui, un lecteur fort interéssé par les écrits de Vioulac nous a fait parvenir cette lettre ouverte à l’auteur pour mettre en évidence certains problèmes qui parcourent sa pensée, au premier rang desquels une accoitance avec les motifs d’une « culture de droite » (Furio Jesi) peu attentive à la possibilité de sa reprise fasciste. Contre cette ligne potentiellement réactionnaire, Yann Sturmer, auteur de la lettre, propose de renverser la perspective critique en situant la réflexion, « en attachant solidement son propos à un camp » à l’intérieur de la situation actuelle et depuis les luttes qui la fissurent.

Cher Jean Vioulac,

Comme d’habitude ton livre m’a fortement intéressé, et j’y ai trouvé des réflexions qui m’auront certainement « déniaisé ». La pensée se fait en affirmant, ce qui tranche avec la « petite musique » universitaire qui semble parfois, dans sa lourdeur demi-savante, produire plus d’aveuglement que de lumière. Je perçois cependant comme une autre « petite musique », sur laquelle il me faut revenir, car je l’entends en fond chez certains penseurs critiques ces dernières années, et avec laquelle je suis en désaccord.

Ton discours est vaste : traçant une ligne continue allant de la révolution néolithique jusqu’à la « fin de la métaphysique » qui caractériserait notre époque de la technique, tu appelles de tes vœux une troisième révolution – la deuxième étant la révolution industrielle – qui serait communiste. Tu parles cependant du communisme non comme un projet politique, mais comme une condition métaphysique, le fait que le « sol » de l’être humain soit toujours un être-en-commun. Le communisme en ce sens n’aurait plus grand chose à voir avec Lénine ou Kautsky, mais consisterait dans la réalisation, qui pourrait prendre plusieurs centaines d’années comme la révolution néolithique, de cette Gemeinwesen fondamentale identifiée tant par Marx que Husserl comme véritable « communauté » de l’homme. Il s’agirait « d’engager un processus d’une envergure aussi considérable que les Révolutions néolithique et industrielle, mais, pour la première fois, d’en faire un acte humain conscient et volontaire » (p. 351). Ces considérations m’ont naturellement fait penser aux théories développées par Giorgio Cesarano, que tu cites un…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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