Chère Rachel Khan, Quelle semaine ! Le 5 décembre, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) annonçait sur X (ex-Twitter) avoir adopté, le 12 novembre, un avis vous concernant, suite à une saisine consécutive à des propos que vous aviez tenus le 28 mai sur le plateau de « Punchline », l’indispensable émission de la talentueuse Laurence Ferrari sur la remarquable chaîne CNews. Pour le CDJM, qui se propose d’être « une instance de médiation entre les journalistes, les médias, les agences de presse et les publics sur toutes les questions relatives à la déontologie journalistique », ce jour-là, en raison de vos déclarations et de l’absence de réaction de Laurence Ferrari, « l’obligation déontologique d’exactitude et de véracité a été enfreinte » sur CNews, bravo.
À l’heure où nous vous écrivons cette missive, nous n’avons pas trouvé de réaction de votre part à cet avis, dommage, vous avez pourtant la gâchette facile avec pas moins de 16.000 posts sur X depuis avril 2012, soit pas loin de quatre par jour en moyenne, dimanches et vacances scolaires comprises, belle performance, mais sur ce coup-là vous semblez avoir fait vœu de silence, peut-être, risquons-nous à une hypothèse, parce que « déontologie », « exactitude » et « véracité » sont des termes par lesquels vous ne vous sentez guère concernée, ça arrive, à l’instar de CNews qui n’a pas daigné répondre au courrier adressé par le CDJM à « Thomas Bauder, directeur de l’information » et Laurence Ferrari, « journaliste » à propos de cette affaire, pas le temps.
Le 28 mai 2024 donc, vous déclariez, en réponse à une question de Laurence Ferrari concernant le député LFI Sébastien Delogu, lequel avait brandi un drapeau palestinien à l’Assemblée nationale lors d’une séance de questions au gouvernement, sacrilège, ce qui suit : « C’est indigne. Indigne de nos institutions. C’est pas que La France insoumise importe le conflit, c’est qu’elle installe le conflit. Et qu’elle installe l’antisémitisme. Et je vais vous dire, aujourd’hui, pour la première fois, j’ai eu peur. J’ai pris un taxi aujourd’hui et quand je suis entrée dans le taxi, il y avait des sourates pour dire qu’Israël devait disparaître. Voilà ce qu’on peut vivre aujourd’hui. » Voilà.
Chère Rachel Khan, sachant que, d’une part, une « sourate » est le nom donné à un chapitre du Coran, donc d’un texte datant d’il y a approximativement 1400 ans, et que, d’autre part, l’État d’Israël a été fondé en 1948 — une fondation qui a reposé sur la spoliation de la population palestinienne, ce n’est certes pas directement le sujet mais cela ne fait jamais de mal de le rappeler —, on a du mal à envisager comment des « sourates » pourraient « dire qu’Israël doit disparaître », à moins, soyons magnanimes et essayons de comprendre, d’une rupture du continuum espace-temps, mais il nous semble toutefois peu probable que le taxi que vous avez emprunté ce soir-là fut une DeLorean.
En d’autres termes, vous avez raconté absolument n’importe quoi. Une habitude chez vous, surtout lorsqu’il s’agit de taper sur la gauche et de l’accuser, l’une de vos spécialités, d’antisémitisme, à se demander si ce n’est pas la principale raison pour laquelle vous êtes conviée sur les plateaux de CNews et d’Europe 1 qui, on le sait, raffolent des invités débitant inepties, abjections et calomnies, tant que ces dernières sont dirigées contre les islamo-wokisto-gauchistes décidés à imposer le port de la moustache aux petites filles (1), voiler les SUV et rééditer l’Ancien Testament en écriture inclusive, il faut d’urgence mettre un terme à cette folie.
En bonne éditorialiste-chroniqueuse multimédias, que l’on retrouve régulièrement, entre autres, sur les plateaux de CNews, d’Europe 1 ou de Radio J, mais un peu moins sur Radio Classique, on y reviendra, vous accumulez ainsi les outrances, exercice dans lequel vous excellez et ne semblez avoir aucune limite, comme lorsque vous vous en êtes prise, le 19 janvier dernier, à « cette extrême gauche déshumanisée, négationniste, révisionniste et qui aime tant ricaner du sang qui coule entre les cuisses de ces femmes israéliennes depuis le 7 octobre », rien que ça, ou comme lorsque vous avez accusé le journaliste Daniel Schneidermann de « n’a[voir] qu’une seule obsession, le juif », ajoutant que « s’il en veut autant aux paysans, même lorsqu’ils ont un genou à terre c’est, sans doute, parce qu’ils ont été les plus nombreux à sauver des juifs pendant la seconde guerre mondiale », aucune limite.
Vous avez, comme on le voit, vos obsessions, qui vous ont amenée ces derniers temps, entre autres, à qualifier un tag de « Nuit de Cristal » ou à déclarer, attention ça pique, « [qu’]Israël est le tirailleur sénégalais de l’Occident », on ne s’en remet toujours pas, et nous devons reconnaître qu’il est difficile de faire une liste exhaustive des abjections que vous avez récemment proférées au cours de débats ou dans des publications en rapport avec la situation en Israël/Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza, nous limitant à en retenir deux qui pourront donner aux lecteurs et lectrices un aperçu de l’étendue du désastre. Le 17 avril dernier, en réponse/commentaire à un post du propagandiste pro-Israël Julien Bahloul, qui avait trouvé pertinent, afin de « démontrer » que la situation n’était pas si tragique à Gaza, de relayer une vidéo montrant des habitants de l’enclave palestinienne profitant d’une accalmie relative pour se rendre à la plage, vous avez ainsi estimé utile, et probablement drôle, de publier, à l’heure où le bilan humain s’élevait à environ 34.000 morts côté palestinien depuis le 7 octobre 2023, soit pas loin de 180 par jour en moyenne, cette fine remarque : « J’aime bien celui qui travail [sic] son summer body en faisant des pompes. » Hilarant.
Autre exemple de vos infamies avec cette publication datée du 29 avril, dans laquelle vous vous en prenez à l’eurodéputée Rima Hassan, laquelle avait eu l’outrecuidance de parler, sur FranceInfo TV, d’un « génocide » à Gaza, à l’instar, notons-le au passage, de nombre d’experts, de juristes et d’ONG peu suspectes d’islamo-gauchisme. Votre commentaire d’alors pourrait très certainement remporter un premier prix d’ignominie : « En droit international, le génocide a une définition précise, dont cette Eva Peròn du Hamas se moque. Scander « génocide, génocide, génocide »… Faut croire qu’elle l’espère pour mieux justifier la haine des juifs. » Ou comment accuser, explicitement et sans détour, quelle élégance, une réfugiée palestinienne d’« espérer » un massacre de masse — déjà en cours — à Gaza, on se demande s’il vous arrive de réfléchir avant d’élaborer de telles « idées », s’il vous arrive de réfléchir avant d’écrire vos immondices, s’il vous arrive de réfléchir tout court.
Notons d’ailleurs, chère Rachel Khan, qu’il ne s’agit pas là d’un « dérapage » et que vous n’en êtes pas à votre coup d’essai lorsqu’il s’agit de prétendre que celles et ceux qui se battent contre des injustices selon vous imaginaires rêveraient secrètement de les subir, comme lorsque vous affirmiez au Figaro, en mars 2021, au cœur d’une envolée au cours de laquelle vous vous en preniez au « discours victimaire des pseudo-antiracistes », c’est original…
Auteur: Blast

