Chiens de race : l’esthétique peut-elle justifier la souffrance ?

Un bouledogue français, un cavalier King Charles Spaniel, un chat sans poil sphynx, un teckel à poil ras. Greggabet photographie caudry / Cavalier King Charles Spaniels / Dmitry Makeev / Dalila Dalprat Sousa Santos , CC BY

Afin de limiter la souffrance animale, la Commission européenne tâche de poser des limites à la sélection génétique des races de chiens et chats aux traits extrêmes. Si cette avancée demeure inédite, elle réagit à un phénomène tout sauf nouveau : l’obsession de l’homme pour l’apparence des animaux domestiques.


La Conseil et le Parlement européen ont récemment adopté une accord provisoire visant à encadrer plus strictement l’élevage des chiens et des chats, en interdisant notamment la reproduction et la mise en avant d’animaux présentant des « formes extrêmes ».

Sont particulièrement concernées certaines morphologies associées à des troubles graves et durables, comme les chiens au museau écrasé, chez lesquels les difficultés respiratoires, l’intolérance à l’effort ou les problèmes locomoteurs sont désormais bien documentés.

Cette évolution réglementaire répond à des alertes répétées du monde vétérinaire et à une sensibilité croissante de l’opinion publique à la souffrance animale. Elle s’inscrit également dans une longue histoire de la place démesurée accordée par les sociétés humaines à l’apparence des animaux domestiques et à leur volonté de la façonner.

Sélectionner l’apparence : une pratique ancienne aux usages multiples

Il est impossible de dater précisément le moment où les humains auraient commencé à sélectionner des animaux sur des critères esthétiques. Bien avant l’existence des « races » au sens moderne (un phénomène qui émerge au XIXe siècle), des animaux étaient déjà choisis en fonction de leur sexe, de leur âge, de leur couleur ou de leur conformation. Dans de nombreuses sociétés anciennes, les animaux destinés au…

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Auteur: Valérie Chansigaud, Historienne des sciences et de l’environnement, chercheuse associée au laboratoire Sphère (Paris Cité – CNRS), Université Paris Cité

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