Elkton (Maryland, États-Unis d’Amérique), reportage
À Elkton, aux États-Unis, on compte les chiens morts et les voisins malades. « Ma thyroïde et mon pancréas sont touchés. Les deux chiens que j’ai eus ici sont décédés prématurément », témoigne Scott, résident de cette petite ville du Maryland.
Dans la même rue, le chien de la famille Martin est décédé à cinq ans d’une maladie rénale. Leur fils Daniel, âgé de vingt-neuf ans, a déclaré des nodules à la thyroïde en 2022. Un peu plus loin, le jardin de Debbie est devenu un « cimetière » pour ses chiens partis trop tôt, rapporte le Washington Post.
Touché par un cancer du rein, un ancien résident mettait le doigt en 2019 sur l’origine du mal qui ronge sa communauté. « Stephen Sutton a regardé le film Dark Waters qui sensibilisait le pays à la contamination aux PFAS, raconte son avocat Philip Federico. Il a fait le lien, et s’est dit qu’il avait peut-être été empoisonné, principalement par des PFAS provenant de Gore. »
L’industriel américain W.L. Gore & Associates est l’inventeur d’un matériau révolutionnaire, connu dans le monde entier par les amateurs d’activités de plein air : le Gore-Tex. Présent dans les chaussures de randonnée Salomon, les imperméables The North Face ou encore les baskets Hoka, il protège de l’eau tout en permettant à la transpiration de s’évacuer.
Les produits étiquetés Gore-Tex sont un succès commercial. Mais derrière se cache un scandale de pollution aux PFAS, une famille de molécules chimiques responsables de cancers et de maladies graves, et dont ces Étasuniens sont les premières victimes.
Installé entre les États du Maryland et du Delaware, Gore emploie 3 100 personnes. Si Stephen Sutton a rapidement fait le lien entre les PFAS et le Gore-Tex, c’est aussi parce qu’il a été, pendant dix ans, l’un de ces salariés.
Dès les années 1970, l’industriel s’est…
Auteur: Arthur Beauchet, Hugo Coignard

