Chili, 11 septembre 1973 : « il n’y a jamais eu de barricades à rejoindre »

Marc Cooper est journaliste et écrivain, il a été le traducteur de Salvador Allende. Il a quitté le Chili huit jours après le coup d’État du 11 septembre 1973 sous la protection du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il restitue dans cet article l’atmosphère au sein de la gauche dans la période qui a précédé le coup d’État qui mit brutalement fin à l’expérience de l’Unité populaire et aboutit à l’assassinat sauvage de milliers de militant-es. Il présente les options stratégiques qui étaient défendues à l’époque parmi les forces de gauche et assure que la voie choisie par Allende était loin d’être absurde. Le débat demeure évidemment ouvert sur l’une des expériences de transformation sociale les plus riches, et à bien des égards, l’une des plus tragiques, pour la gauche au 20e siècle.

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Quelques semaines avant le coup d’État de 1973 qui a renversé Salvador Allende, pour lequel je travaillais en tant que traducteur, un ami argentin qui avait été mon colocataire est venu me rendre visite. Son nom de guerre était Django. Il avait été guérillero dans l’ERP (Armée révolutionnaire populaire) et était en exil au Chili. Sa sœur, qui s’était également retrouvée au Chili, avait été l’une des prisonnières politiques les plus célèbres d’Argentine et avait également séjourné dans mon appartement pendant un certain temps.

Django s’est assis à la fenêtre de mon salon, au 17e étage, et a contemplé avec tristesse l’étendue de Santiago. « Ça va être la merde », m’a-t-il dit, « ce sont les derniers jours ». Il a ensuite sorti de sa veste un Browning 9 millimètres semi-automatique et a déclaré sans ambages : « Ils ne me prendront pas vivant. J’ai déjà enquêté sur l’ambassade de Suède et, s’il le faut, je tirerai pour me frayer un chemin quand le coup viendra ».

À l’époque, il n’était pas choquant d’entendre quelqu’un parler de…

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Auteur: redaction

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