Dans ce texte, à la fois réflexion politique et compte-rendu de lecture, le sociologue chilien Sebastián Pérez Sepúlveda revient sur l’ouvrage de Franck Gaudichaud : Découvrir la révolution chilienne (1970-1973), publié aux Editions Sociales fin 2023 dans le cadre des commémorations autour des 50 ans du coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973.
Le dernier ouvrage de Franck Gaudichaud, chercheur spécialiste de l’histoire sociopolitique contemporaine du Chili et de l’Amérique latine, est un petit volume de la collection « Les propédeutiques » des Éditions Sociales, consacré à la (re)découverte de la brève expérience historique du Chili sous l’Unité Populaire.
Au pouvoir entre 1970 et 1973, l’Unité Populaire regroupait les principales forces politiques du camp de gauche, notamment le Parti Communiste et le Parti Socialiste, mais incluait d’autres mouvements et partis aux courants marxistes et chrétiens et comptait sur le « soutien critique » du MIR, Mouvement de la gauche révolutionnaire, souvent analysé comme l’expression chilienne de la portée politique de la révolution cubaine en Amérique latine dans les années 1960[1]. Le contexte historique où s’inscrit l’expérience de l’Unité Populaire est déterminé par les contradictions du modèle de développement initié trois décennies plus tôt et les disputes sociales, politiques et intellectuelles autour de ces contradictions qui élargissaient le conflit de classes dans ce capitalisme périphérique aux dimensions de modernisation et de construction nationale face à l’impérialisme[2].
Après l’échec des réformes de la « révolution en liberté » prônée par la Démocratie Chrétienne (1964-1970), l’élection populaire de Salvador Allende à la Présidence de la République en 1970 marquait l’arrivée au pouvoir de l’Unité Populaire et le début d’une série de profondes transformations…
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