Au sud du continent américain, là où la terre se fragmente et forme les îles patagoniques, Daniel Caniullan sort du petit port de Melinka. Comme tous les pêcheurs artisanaux de la région, Daniel vit principalement de la pêche aux oursins. Depuis plus de trente ans, il plonge quotidiennement dans les eaux de la Patagonie chilienne, et son jugement est sans appel. « Les fonds marins se sont transformés en désert marin, et c’est toute l’économie locale qui s’est effondrée. Les produits chimiques et les antibiotiques utilisés dans les fermes de saumons sont un venin emporté par les courants, qui tue les larves d’oursin », dit-il.
Ici, loin des regards, les entreprises font un peu ce qu’elles veulent.
Daniel
Dans ces eaux calmes et froides où pêche Daniel, l’industrie du saumon a trouvé les conditions idéales pour se déployer. Au Chili, l’élevage intensif de ce poisson a démarré il y a plus de quarante ans et n’a fait que croître. Alors qu’en 1991 le pays andin en produisait 60 000 tonnes, il en produit aujourd’hui plus d’un million. Plus de mille concessions ont été octroyées par l’État chilien à une trentaine d’entreprises qui étendent leur activité dans les trois régions les plus australes de la planète. « Ici, loin des regards, les entreprises font un peu ce qu’elles veulent, dénonce Daniel, l’État ne contrôle pas grand-chose ! »
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L’organe d’État chargé de surveiller les activités des entreprises est la Superintendance de l’environnement. Créée en 2012, elle est pointée du doigt par les organisations de la société civile, qui lui reprochent son inefficacité et déplorent son manque de moyens. L’organisme reconnaît…
Auteur: Marion Esnault

