Chronique lecture : «Sensible» de Nedjma Kacimi, éditions Cambourakis, 2021


C’est un récit que Nedjma Kacimi dédie à Tahar, à Malika, à Théodore… à tant d’autres, confronté-es brutalement à la violence de l’État et de sa police, confronté-es au silence, au mépris et à la méfiance d’une société qui refuse de faire face à son passé, celui de la colonisation et à son impact brutal sur le présent. Une société gangrenée par le racisme, qu’elle refuse de voir.


Le choc de la violente agression de Théo par quatre policiers à Aulnay-sous-bois en 2017 lui fait l’effet d’un électrochoc : «Une jeunesse d’ici et maintenant peut perdre la vie, pour peu qu’elle porte sur son corps, les traces d’un ailleurs et d’un autrefois».

Le besoin d’écrire se fait alors nécessaire pour l’autrice Nedjma Kacimi, née en Algérie en 1969 d’une mère française et d’un père algérien, avant de déménager dans l’Ain où elle passe son enfance. Au fur et à mesure, l’héritage de la colonisation la rattrape malgré tout, cette histoire dissimulée de la guerre d’Algérie et de «l’après-guerre» passée sous silence. Le racisme auquel elle ne peut échapper, devant lequel elle ne peut fermer les yeux. «L’enfant d’immigrés reste l’arabe».

Et la rage de l’injustice que le silence décuple. Alors il faut ressortir le passé, c’est une nécessité, parler des «violences colonialistes et des répercussions de ce passé empoisonné». Un passé resté ouvert par l’impunité, par une justice jamais rendue, car si l’indépendance est acquise au prix du sang et de la lutte, les crimes du colonialisme ne seront jamais punis. «L’amnistie côté français blanchit les militaires coupables de torture en Algérie ou en métropole, mais exclut les français qui ont milité aux cotés du FLN, les porteurs de valises, les insoumis et les déserteurs», «le crime amnistié et l’innocence condamnée. Il y a de quoi s’en rendre malade, se taper la tête contre le mur».

«Nous le…

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Auteur: B