L’avantage d’une hernie discale, c’est qu’elle vous donne du temps pour lire et, comme au bout d’un moment, il n’y a plus que la morphine qui marche comme antidouleur, vous acquérez une certaine distance au monde fort utile à la fonction critique. Distance qui vous permet par exemple d’émettre des réserves sur tel ou tel livre que la confraternité (vertu très répandue dans le milieu littéraire, comme chacun sait), vous interdirait autrement d’exprimer.
S’agissant de Le Cherokee, de Richard Morgièvre (Folio Policier), mon absence de scrupule sera d’autant plus grande que ce livre, publié voilà cinq ans, a reçu des prix prestigieux et s’est fort bien vendu. Ce Cherokee-là est une bonne façon d’aborder Morgièvre, quoiqu’il semble nourrir une estime moindre pour la branche « polar » de son œuvre, à laquelle le livre appartient : on se révèle toujours là où on se dérobe. Qui se plonge dans ce polar doit s’attendre à y rencontrer beaucoup de splendides moments d’écriture, nourris de paradoxes étincelants : « Le puma blanc a fini par s’écarter sans le lâcher des yeux, puis il s’en est allé, sans bruit, si blanc qu’il était impossible de le distinguer de la nuit » – mais aussi beaucoup trop de phrases qui rendent le récit inutilement bavard, et de truismes se donnant des airs de profondeur. Le trop-plein est sans doute le défaut majeur du bouquin, avec sa double intrigue : Corey, le shérif dépressif (faut dire qu’on lui a tué père et mère dans son enfance), mène deux enquêtes à la fois : d’une part, il court après le Dindon, tueur en série et assassin de ses parents, qui s’amuse à semer des indices à son intention, et d’autre part, il doit sauver le monde en empêchant l’explosion d’une bombe atomique dérobée par un complot de militaires fascistes. Personnellement, ces deux filons si souvent explorés (le serial killer qui joue avec son enquêteur et le…
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Auteur: dev

