« Incertitude totale », « Toute une politique en péril ». Quatre mois après avoir échappé à un moratoire complet sur les renouvelables, les acteurs de la transition énergétique sont de nouveau dans le brouillard après la chute du gouvernement Bayrou. Son départ laisse inachevée la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) 2025-2035, qui organise notamment la sortie du pétrole et du gaz pour les remplacer par des énergies renouvelables.
Auparavant peu connu, ce document de planification est devenu la nouvelle cible du Rassemblement national (RN), mais aussi désormais des Républicains (LR), farouchement attachés à une politique 100 % nucléaire, même si celle-ci est irréalisable. En face, les macronistes et leurs soutiens se révèlent bien timorés pour défendre la « stratégie plurielle combinant nucléaire et énergies renouvelables » vantée par Emmanuel Macron depuis 2022.
Court-circuit estival
Le gouvernement, lui, est resté dans une vision de très court terme, terrifié par la menace de censure. En témoigne le navrant épisode de cet été. En pleines vacances, le 31 juillet au soir, journalistes comme professionnels de l’énergie ont appris, grâce à la fuite d’un communiqué, que le décret PPE tant attendu allait finalement être publié. Sauf que le gouvernement a oublié un détail : imprimer au Journal officiel un décret avec 200 pages d’annexes impose un minimum de temps et de logistique. Un délai de quelques jours, qui permet aux opposants les plus farouches à cette PPE, chez LR comme au RN, de monter au créneau, brandissant à nouveau la signature de ce texte par le gouvernement comme une ligne rouge.
Au même moment, le Premier ministre recevait une note confidentielle du Haut Commissaire à l’énergie atomique alertant sur les « surcapacités » qu’engendrerait le développement des renouvelables.
Qu’importe si celle-ci contredit tous les scénarios de neutralité…
Auteur: Elsa Souchay

