Sélectionné à Cannes et sorti en salle le 20 novembre 2024, le film Diamant brut dresse le portrait de Liane qui, vivant à Fréjus, souhaite intégrer le casting d’une émission de téléréalité pour s’extraire de sa condition sociale. Un film féministe qui donne à voir un autre regard (« gaze ») sur les femmes qui rêvent d’amour, d’argent et de gloire. La réalisatrice Agathe Riedinger filme, sans mépris de classe ni sexisme, sa protagoniste. Elle tourne une caméra critique vers une industrie qui s’appuie sur l’hypersexualisation du corps féminin.
Avant Diamant brut, le cinéma français ne s’est que très peu intéressé à la téléréalité, et encore moins aux candidates qui y participent. Depuis son apparition dans les années 2000, ce genre qualifié de « télé-poubelle » (trash TV en anglais) n’a eu de cesse d’être placé au plus bas de la hiérarchie des objets culturels. Les participants à ces émissions, et particulièrement les femmes, ont ainsi généré un nombre important de critiques voire une forme de mépris ou de détestation, provoquée par une célébrité soudainement acquise et considérée par beaucoup comme imméritée, à l’image de Loana Petrucciani ou de Nabilla Vergara.
Avant la téléréalité, les feuilletons et soap operas comme Hélène et les garçons, Dallas ou les Feux de l’amour ont fait eux aussi l’objet d’une forme de dépréciation sociale. Rappelons que le soap opera et la téléréalité sont des contenus d’abord destinés à un public de femmes (ou à une catégorie construite comme telle) : « la femme responsable des achats de moins de 50 ans », qui constitue la cible privilégiée des publicités lardant ces émissions. La chercheuse Delphine Chedaleux, spécialiste des cultures féminines, explique que le mépris dont souffrent ces objets culturels participe en réalité d’une plus vaste entreprise de dévaluation de « la culture féminine »,…
Auteur: Aziliz Kondracki, Doctorante en anthropologie, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)

