La locomotive à vapeur se détache progressivement de la falaise blanche, grossit dans l’image, sort du champ. Puis c’est l’agitation : hommes moustachus et femmes aux grands jupons se pressent pour accueillir les passagers, ou faire descendre les enfants des wagons.
Une séquence mythique des premiers pas du cinéma, que les frères Lumière présentaient pour la première fois le 25 janvier 1896 dans un cinéma lyonnais, il y a exactement cent trente ans. L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat ne figurait pas en effet au programme de la première projection cinématographique publique organisée par les frères Lumière à Paris, le 28 décembre 1895, au Salon indien du Grand Café.
La projection de cette « vue », comme on appelait les films à l’époque, marque malgré tout les mémoires. On raconte en effet que les spectateurs, voyant la locomotive arriver sur eux, auraient sursauté dans la salle. Ce mouvement de recul nourrit alors longtemps la légende selon laquelle L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, constitue le « premier film d’épouvante », selon la formule du réalisateur Georges Franju. Mais il faut relativiser la « terreur » relatée, insiste l’historien du cinéma Georges Sadoul. Car le train, projeté sur une fine toile tendue entre deux portes, affiche des dimensions modestes.
« Toute la grammaire du cinéma »
L’étonnement du public devint malgré tout un atout publicitaire pour le film qui, dans l’histoire du cinéma, fait date en raison de sa prise de vue innovante. « Les cinéphiles lui vouent un véritable culte », assure le site de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).
Les uns « vantent son remarquable sens de la mise en scène », et affirment que ces 50 secondes contiennent « toute la grammaire du cinéma », grâce à son jeu sur les échelles et la profondeur de champ, permise par la position en diagonale de l’appareil de…
Auteur: Alix Champlon

