Cinéma, littérature… est-ce la fin du mythe de Pygmalion ?

L’intervention de Judith Godrèche lors de la dernière cérémonie des Césars nous a rappelé que la « femme enfant » que l’homme rêve de modeler est un sujet puissant de fantasmes masculins, qui a emmené beaucoup de « petits chaperons rouges », comme elle dit, vers la désolation.

La création d’une femme idéale par des hommes est aussi au cœur du film
Pauvres créatures, lion d’or à la Mostra de Venise, 11 fois nominé aux oscars. Il est adapté du roman de science-fiction de l’écossais Alasdair Gray. Le réalisateur Yorgos Lanthimos y évoque le fantasme de la création de la « femme idéale » en mêlant réalisme et onirisme, à l’instar de Buñuel, qu’il admire. L’héroïne Bella Baxter, interprétée magistralement par Emma Stone, éblouit avec ses fabuleux costumes signés Holly Waddington.

La jeune femme est ramenée à la vie par le Dr Godwin Baxter, dit « God » (Willem Dafoe), « dieu » aux allures de Frankenstein, qui a récupéré son corps après qu’elle se soit jetée d’un pont, enceinte, puis lui a greffé le cerveau de son propre bébé. Son « créateur » comme son disciple, le Dr Max McCandles (Ramy Youssef) suivent amoureusement ses progrès fulgurants jusqu’à ce qu’elle s’enfuie avec un séducteur, Duncan Wedderburn (Mark Ruffalo).

Alors commence son odyssée européenne, un « grand tour » de formation, une tradition chez les aristocrates anglais du XVIe au XVIIIe siècles.

Ce film nous plonge dans une nouvelle version de Pygmalion, mythe qui n’en finit pas d’inspirer la littérature comme le cinéma, avec une influence telle, qu’il sert même de justification dans les défenses des réalisateurs accusés d’emprise sur mineures,

« Et l’homme créa la femme »

Pygmalion, dans Les Métamorphoses d’Ovide (243-297), est un sculpteur chypriote qui tombe amoureux…

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Auteur: Sandrine Aragon, Chercheuse en littérature française (Le genre, la lecture, les femmes et la culture), Sorbonne Université

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