Les réflexions théoriques sur le cinéma ont principalement été écrites par des hommes, à partir d’un corpus de films de réalisateurs : les philosophes Gilles Deleuze et Stanley Cavell, l’historien Marc Ferro, le sémiologue Christian Metz, le sociologue Siegfried Kracauer, le théoricien des genres filmiques Rick Altman et le spécialiste du son Michel Chion… pensent le mouvement et le temps filmiques à travers l’analyse d’un corpus d’œuvres conçues dans un cadre de production exclusivement masculin.
L’histoire du cinéma français ou états-unien repose sur une liste de films majoritairement réalisés par des hommes. Dans Voyage à travers le cinéma français (2016), Bertrand Tavernier retient uniquement des œuvres d’hommes (René Clair, Jean Renoir, Jean Duvivier, Marcel Carné, Jacques Becker…) à l’exception du film d’Agnès Varda, Cléo de 5 à 7 (1962). Cette sélection souligne l’absence des femmes derrière les caméras et un regard de spectateur formé par un cinéma pensé au masculin.
La théorisation du « male gaze »
L’audace critique de Laura Mulvey fait d’elle une pionnière des études féministes appliquées à l’analyse filmique : « Visual Pleasure and Narrative Cinema », article publié dans la revue britannique Screen en 1975, développe la notion du « male gaze » comme expression de la scopophilie cinématographique – la scopophilie étant, selon Freud, le plaisir de posséder l’autre par le regard. Elle s’appuie sur l’étude narrative et esthétique des films d’Alfred Hitchcock (Fenêtre sur cour, 1955 ; Vertigo, 1958 ; Marnie, 1964) pour conclure à une dichotomie des rôles basée sur les genres dans le cinéma classique hollywoodien : le masculin est agent (actif) du récit et le féminin objet (passif) du regard.
Mulvey s’attache ainsi à déconstruire…
La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Delphine Letort, Etudes américaines, études filmiques, Le Mans Université

