En 1954, soit neuf ans après la capitulation de l’Allemagne nazie et trois seulement après la publication de la première version anglaise des Origines du totalitarisme de la philosophe Hannah Arendt, la Compagnie française des pétroles (CFP) lançait pour ses activités grand public (stations-service, huile, produits dérivés…) la marque « TOTAL ».
Entendez-nous bien : neuf ans après la capitulation de l’Allemagne nazie, trois après la parution des Origines du totalitarisme de Hannah Arendt – la marque TOTAL ! Pour justifier le choix de ce nom, a priori inconcevable dans un contexte mondial si lourdement chargé, on nous rapporte les deux arguments suivants : 1° TOTAL est un nom court, donc simple à retenir et identifier ; 2° l’entreprise ayant des ambitions internationales, le nom a une signification et une prononciation identiques dans de nombreuses langues .
Voilà les motifs ô combien triviaux que l’on invoque pour rendre raison de cette plus qu’impudente appellation, si peu de temps après les crimes de masse perpétrés sous le Troisième Reich (si peu de temps aussi après l’exécution par les Allemands de Jules Mény, président de la CFP jusqu’en 1943).
On imagine alors les cadres de la compagnie, un matin glacial du terrible hiver 54, rassemblés autour de Victor de Metz : front plissé, main sur le menton, comptant méticuleusement les syllabes, épluchant les dictionnaires étrangers, comparant les prononciations. Jusqu’à ce que l’un d’eux, bon écolier, lance : « Et que penseriez-vous de TOTAL ! » Et un autre, peut-être Victor de Metz en personne, réajustant ses lunettes : « TOTAL… Ah oui. Oui oui oui, c’est tout à fait intéressant. »
Comment peut-on sensément vouloir nous faire gober un tel récit ? C’est à peine nous reconnaître les trois-cent deux neurones qu’on prête aux nématodes. Comme si le choix de TOTAL n’avait tenu qu’à des considérations bassement…
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Auteur: dev

