Alors que les événements du week-end dernier en Russie donnent lieu à de multiples interprétations, The Conversation tente d’y voir plus clair à travers ces quelques questions à Jules Sergei Fediunin, docteur de l’INALCO et post-doctorant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron à l’EHESS, spécialiste de la politique russe contemporaine.
Comment analyser cette tentative de rébellion avortée d’Evguéni Prigojine ?
Il s’agit de toute évidence d’une mutinerie armée. C’est ainsi que les agissements de Prigojine, à la tête de la milice Wagner, ont été qualifiés par le FSB et par le Procureur général de Russie. Une enquête pénale a été ouverte dès le soir du 23 juin à l’encontre de celui qui est devenu le chef de guerre le plus célèbre depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, puis close 24 heures plus tard… avant qu’on apprenne, le 26 juin, qu’elle serait en fait toujours en cours.
La révolte semble avoir surpris tous les observateurs. Tout porte à croire que la présidence russe a également été prise de court par ces événements, comme en témoignent les réactions confuses du Kremlin. Pourtant, des tensions existaient depuis plusieurs mois entre la milice Wagner et le ministère russe de la Défense, dirigé par Sergueï Choïgou, cible récurrente des critiques de Prigojine.
Il y a quelque chose de grotesque dans cette tentative de rébellion qui, ayant rempli une fonction performative, s’est volatilisée. Les mêmes traits carnavalesques sont propres à la figure de Prigojine, avec sa transgression des normes publiques (par exemple, le recours systématique à des jurons) au nom d’une « justice » populaire. Ce n’est pas un hasard s’il a donné à sa mutinerie le nom de « marche pour la justice ».
Quels étaient les ressorts de cette mutinerie ?
Dès le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le groupe Wagner s’est avéré un cas…
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Auteur: Jules Sergei Fediunin, Post-doctorant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (EHESS), Docteur en science politique associé au Centre de recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’INALCO, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

