Dès les années 1980, loin de confirmer la thèse marxiste d’un renversement programmé de la société capitaliste, le capitalisme semble se stabiliser et se renforcer. La révolution n’est pas au rendez-vous fixé par l’histoire, la gauche, quand elle n’est pas domestiquée, est partout en recul, les travailleurs eux-mêmes paraissent céder aux sirènes du néolibéralisme tandis la théorie se montre incapable d’offrir des clés d’explication à cette situation déroutante. C’est dans ce contexte que se développe le « tournant culturel », soit un ensemble de courants théoriques, caractéristique de la « Nouvelle Gauche », qui met en avant des aspects « culturels » – les idées, la « constellation de sens », la culture, etc. – dans l’analyse sociale. Or, ce courant prétend rendre compte du consentement des classes subalternes qui serait à l’origine de la stabilisation du capitalisme. Dans ce nouveau livre des éditions Agone, Vivek Chibber entend remettre en cause et cette analyse et ces conclusions, en revenant à une lecture critique de Marx.
Consentement, résignation et résistances
Pour Marx, la structure de classes, dans le même temps condition et matrice « de la reproduction des relations sociales », « produit à la fois la stabilité et les conflits sociaux » (pages 3-4). Mais, en dernière instance, les travailleurs, toujours plus nombreux et exploités, devaient inévitablement se constituer en une classe offensive amenée, suivant les « lois de l’histoire », à renverser la société capitaliste. Le tournant culturel « s’attaquait à une faille bien réelle de la théorie structurelle des classes. Car, de fait, le marxisme classique avait négligé de théoriser les causes de la stabilité du capitalisme ». Ce livre se veut dès lors une réponse à cette faille et à la « Nouvelle Gauche » en opérant un double déplacement, sur la base de la particularité des classes…
Auteur: dev

