À l’Assemblée nationale est discutée une loi qui me rendra, juif, différent de mes concitoyens. C’est donc une loi antisémite, puisqu’elle sépare le Français juif de celui qui ne l’est pas.
La dernière fois que mon pays a légiféré sur nous, un maréchal indigne avait posé sa main sur la France. C’était en 1940. La défaite avait été la divine surprise de la part immonde du pays. Le statut des juifs était une somme de vexations et d’interdits qui se prolongeraient dans l’étoile jaune, dans les rafles et dans le meurtre. Ce statut signé par Pétain rassemblait les désirs de Charles Maurras et ceux de l’occupant nazi.
Une minorité vouée à la sollicitude
Près d’un siècle plus tard, il ne s’agit plus de nazisme ou de gâtisme monarchiste. Ceux qui inventent la loi se proclament amis et défenseurs des juifs de France. La députée Caroline Yadan, qui porte la proposition de loi, est élue d’une circonscription étrangère où se trouve Israël. Il ne s’agit plus d’exclure les juifs, comme en 1940, mais de les défendre contre un antisémitisme grandissant. L’intention est louable ; l’effet est désastreux.
Le projet Yadan, qu’elle me pardonne, est le miroir du statut de Pétain. L’indigne Maréchal prenait les juifs et les ôtait de la règle commune ; il en disposait. Ma députée fait des juifs des Français mineurs, que la loi devrait spécifiquement garantir.
Les voilà donc non plus citoyens parmi les autres, mais une minorité vouée à la sollicitude ; des dhimmis de l’État ou comme jadis les juifs du pape, les juifs de Cour, les juifs que la puissance publique protège de la populace hostile : ce sont nos juifs, disent les puissants, n’y touchez pas.
Dans un cas comme dans l’autre, sous Pétain ou sous les papes à Avignon ou sous la loi Yadan, le juif est sorti de l’ordinaire : il est le sujet du pouvoir – pouvoir méchant ou pouvoir bénévolent,…
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