La Croix : Vous êtes atteinte d’un cancer depuis huit ans, et en soins palliatifs depuis deux ans et demi. Quel est votre quotidien aujourd’hui ?
Clémence Pasquier : Mon quotidien dépend de ce qu’on entreprend au niveau médical. C’est un aller-retour entre ce que je veux et ce que les médecins me préconisent. Cependant, je me trouve à une étape où ce que je veux compte beaucoup plus que lors des phases précédentes de la maladie. Je suis en soins palliatifs sans être hospitalisée. Je vis chez moi, je travaille en moyenne trois jours par semaine. Je me rends aussi au moins une fois par semaine à l’hôpital, souvent plus. Mais ce n’est pas le tout de ma vie. Il reste de l’espace pour autre chose.
Je n’ai pas une liste de grands projets, fous, à vivre absolument. Il m’a toujours paru important de vivre une forme de normalité, de travailler, de voir des amis… Je veux vivre ce qui se présente, la densité du présent, sans accorder plus d’importance aux moments de ma vie où je peux vivre de grands projets par rapport à ceux où je suis contrainte par la maladie. Certaines phases sont plus compliquées que d’autres, plus frustrantes, mais je ne hiérarchise pas.
Quelles sont les périodes les plus compliquées ?
C. P. : Il m’arrive d’avoir des traitements quotidiens qui me plongent dans un rythme assez éprouvant et peuvent aussi marquer mes nuits. Pendant deux, trois, quatre semaines, il faut tenir au long cours. Il me faut alors accepter d’être douce avec moi-même, ce qui n’est pas mon fort.
C’est un apprentissage ?
C. P. : Oui. J’ai un caractère assez exigeant avec moi-même, assez volontariste. Je me suis rendu compte après coup que cela pouvait induire une forme de dureté, même par rapport aux autres. Aujourd’hui, la douceur est pour moi une marque de la présence de Dieu, car elle ne m’est pas naturelle. Lorsque tout, extérieurement, est très rugueux – le quotidien, le corps, les…
La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Recueilli par Clémence Houdaille

