Le programme Argo constitue une révolution dans l’histoire de l’observation des océans, essentielle à l’étude du changement climatique. Il repose sur une armée de plus de 4 000 flotteurs profileurs qui dérivent en permanence dans l’océan et mesurent sa température et sa salinité (et parfois des propriétés biogéochimiques comme l’oxygène, le pH, ou la concentration en chlorophylle a).
Ces robots autonomes, capables de plonger de la surface jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, fournissent aux scientifiques une description robuste de la moitié du volume de l’océan global. Mais comment percer les mystères des abysses ? Grâce à une nouvelle génération de flotteurs, appelés flotteurs Deep Argo, qui peuvent descendre jusqu’à 4 000 voire 6 000 mètres de profondeur.
Le profileur Deep Argo développé par l’Ifremer et ses capteurs (en tête).
Lesbats Stephane/Ifremer, Fourni par l’auteur
Ils sont désormais déployés par les scientifiques dans le cadre de la mission phare « OneArgo » qui vise, dans les vingt prochaines années, à cartographier et étudier l’océan global et ses mers marginales, à toutes les profondeurs et en intégrant la mesure des paramètres biogéochimiques, essentiels pour suivre l’évolution de la santé des écosystèmes marins ou mieux appréhender le cycle du carbone.
Supporter la pression des fonds marins
Pour sonder de telles profondeurs, chercheurs et ingénieurs ont dû relever une série de défis technologiques. La pression sous 2 000 mètres de colonne d’eau est en effet très élevée – elle est à 4 000 mètres de profondeur 400 fois plus importante qu’en surface – et le signal de réchauffement global y est très atténué. Ils ont donc dû améliorer les performances des capteurs ou encore adapter le système hydraulique permettant la descente ou la remontée du flotteur dans la colonne d’eau, tout en limitant l’énergie embarquée nécessaire à un fonctionnement autonome pendant plusieurs années.
Les seuls autres appareils capables de mesurer les propriétés physiques et biogéochimiques de l’océan profond sont les rosettes « bathysondes », un ensemble de capteurs et de bouteilles de prélèvement placés au bout d’un câble électroporteur que les chercheurs déroulent à des endroits précis depuis les navires océanographiques. Ces mesures ponctuelles de hautes résolutions et précisions seront un atout considérable pour vérifier et éventuellement corriger les données transmises au fil de l’eau par les flotteurs Deep Argo.

Mise à l’eau d’un profileur au bassin d’essais de Brest.
Stéphane Lesbats/Ifremer, Fourni par l’auteur
Deep Argo, le thermomètre des abysses
Les flotteurs Deep Argo permettront bientôt de quantifier avec précision…
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Auteur: Damien Desbruyères, Chercheur en océanographie physique, Ifremer

